Bienvenue dans le bulletin du CSEF de mars 2012 !

Dans cette édition, vous découvrirez comment les campagnes répétées et l’engagement obstiné de la société civile peuvent influencer les cadres politiques et légaux qui structurent l’éducation, avec des exemples en Bolivie et au Vietnam. Là, de jeunes réseaux ont réussi en peu de temps à se construire une crédibilité et s'assurer une place majeure parmi les défenseurs de l’éducation dans leurs pays respectifs.

Nous avons aussi eu le plaisir récemment d’accueillir Barbara Chilangwa qui a rejoint les rangs du Conseil d’administration du GPE pour représenter la société civile du Sud. Nous espérons que les coalitions d’Afrique, d’Amérique latine et de la région Asie-Pacifique bénéficieront des opportunités ouvertes par cette déléguée pour l’engagement de la société civile au sein du Partenariat mondial pour l'éducation.

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Bonne lecture!

Kjersti


Bulletin nouvel du Fonds de la société civile pour l’éducation / Civil Society Education Fund (CSEF) mars 2012

Réinventer le plaidoyer politique pour l’éducation en Bolivie
bolivia_title
bolivia_2_en La coalition bolivienne pour le droit à l’éducation (CBDE) soutenue par le CSEF, est en train de réfléchir à un nouveau modèle de participation sociale qui renforcerait le bon fonctionnement et l’intensité de la collaboration entre les différentes branches du gouvernement et les organisations de la société civile œuvrant dans le secteur éducatif. Cette décision résulte des leçons apprises par CBDE pendant le processus de défense politique de la nouvelle loi générale de l’éducation, la loi Avelino Siñani - Elizardo Pérez en Bolivie.

Tout a commencé en 2006, lorsque le président Evo Morales prit ses fonctions et proposa une série de réformes, dont une réforme de l’éducation. Lors de la promulgation de la nouvelle Constitution de Bolivie en 2009, le besoin d’une nouvelle loi sur l’éducation apparut clairement. En conséquence, le gouvernement entama une vaste consultation sur le nouveau texte proposé et en septembre 2010, le projet de loi fut proposé pour discussion au public, la société civile étant invitée à effectuer une évaluation critique du projet avant qu’il ne soit présenté au Congrès national (Asamblea Legislativa Plurinacional).

La Campagne bolivienne a profité du climat politique favorable pour réunir des groupes de travail afin de discuter du projet de loi, en favorisant le dialogue interculturel et l'expression des opinions les plus diverses, dans le but de fonder la nouvelle loi sur un large consensus social. Une cinquantaine d’organisations de la société civile ont participé aux réunions. Plusieurs concepts sont nés de ces discussions : l’éducation doit être considérée comme un droit humain et respectée à ce titre par l’Etat ; l’éducation doit être gratuite à tous les niveaux et dans toutes les formes du système éducatif ; le plan de l’éducation doit viser à éliminer les schémas, les stéréotypes et les préjugés socioculturels qui légitiment la discrimination et doit générer des procédures destinées à combattre la violence et à renforcer les droits des groupes exclus. Tous ces éléments ont été présentés de manière approfondie dans un document « Contributions à la loi sur l’éducation Avelino Siñani - Elizardo Pérez » ,qui critique certaines dispositions de la loi proposée et suggère des changements. Ce document a été soumis au ministère de l’Education, au Comité de l’éducation, la santé, la science, la technologie et les sports, et au Bureau du médiateur avant d’être présenté à des centaines de citoyens à l’occasion de plusieurs manifestations à La Paz, Cochabamba, Sucre, Potosí et Oruro.

En décembre 2010, le ministère de l’Education a présenté sa version finale de la loi, qui inclut plusieurs contributions émanant de la société civile :
  • lutte contre le patriarcat dans l’éducation et pour l’égalité des sexes, l’absence de différenciation des rôles, la non-violence et le respect des droits humains ;
  • éducation obligatoire jusqu’à la fin du lycée ;
  • utilisation de l’éducation pour promouvoir le dialogue et résoudre les conflits, mieux comprendre les droits des populations et la façon de les appliquer ;
  • acceptation de la langue des signes comme moyen de communication, dans le but d’intégrer tous les citoyens à l’Etat plurinational de Bolivie ; et
  • sensibilisation des écoliers à la manière dont est produite la nourriture, à la vie des communautés et à l’environnement en encourageant la production et la consommation de produits bio, la sécurité et l’autonomie alimentaire ainsi que la protection de la biodiversité, du sol et de la Terre Mère, dans le but d’améliorer le bien-être de tous.
Ces contributions constituent des avancées cruciales, mais certains concepts tels l’égalité entre les sexes dans l’enseignement supérieur ne sont pas explicites dans la version finale de la loi. CBDE est conscient aussi que le droit à l’éducation ne pourra être pleinement appliqué qu'en instaurant un dialogue efficace entre le gouvernement et la société civile. La coalition s’est donc engagée dans les discussions portant sur le programme scolaire de base du système éducatif plurinational et celui du sous-système de l’éducation alternative et spécialisée. La coalition s’est également intéressée au concept de « participation sociale des communautés à l’éducation » pour ce qui touche à la politique d’éducation nationale.

A cet effet, les organisations membres de CBDE ont récemment préparé un document intitulé « Contributions à la production de règles de participation sociale des communautés » qui contient le récit de diverses expériences, les leçons à retenir, des études ainsi qu’une réflexion critique et hautement créative sur la participation en tant que droit et comme un processus social, éthique et politique de construction de la citoyenneté – qui participe et se matérialise dans le cadre des transformations de l’Etat. Parmi ces réflexions, le document souligne la nécessité de réinventer le modèle de participation sociale pour le rendre plus démocratique et inclure la voix des pauvres, tant pendant les consultations qu’au moment de formuler les politiques et les décisions éducatives. Une autre urgence concerne la nécessité de consolider le cadre institutionnel de la participation sociale, à la fois dans le système formel et dans les sous-systèmes de l'éducation alternative et spécialisée, l’enseignement supérieur et la formation des enseignants.

L’influence de la société civile vietnamienne sure les politiques de l’éducation
viet Le ministère vietnamien de l’Education et la Formation a préparé il y a dix ans, avec l'assistance technique de l'UNESCO, le plan d'action national pour l’Education pour tous 2003-2015. Ce plan approuvé par le gouvernement le 2 juillet 2003 constitue à la fois un outil qui permet au gouvernement d'ajuster ses stratégies au niveau global, et un cadre pour aider les provinces et les villes à établir leurs différents plans provinciaux pour l’Education pour tous. Toutefois, quelques années après le début de l'application du plan, le gouvernement est confronté à de nombreuses difficultés pour atteindre les objectifs et les cibles fixés dans le plan, en particulier dans les secteurs de l'éducation non formelle et préprimaire. Bien que le gouvernement vietnamien ait consacré 20 % du budget national total à l'éducation, l'allocation de l’instruction non formelle n’atteint pas 2 % du budget, et celle de l’éducation préprimaire 8,22 %. Pendant l’année scolaire 2010-2011, seuls 21,5 % des enfants fréquentaient un jardin d’enfants (de 3 mois à 3 ans). C’est pour combler ce fossé que la coalition vietnamienne pour l’Education pour tous (VCEFA) se bat pour obtenir des avancées dans ces deux secteurs cruciaux. En 18 mois de fonctionnement, aidé par le CSEF, VCEFA a organisé une série d'ateliers de consultation avec les organisations de la société civile dans tout le pays.

Ces initiatives étaient centrées sur différents sujets concernant l’éducation dans le contexte du Vietnam : éducation non formelle, financement de l’éducation, stratégies d’éducation permanente et recommandations pour l’éducation préprimaire. À l’issue de ces ateliers, VCEFA a adressé au ministère de l’Education et la Formation les recommandations de la société civile demandant de réviser les politiques existantes en vue d’améliorer la qualité de l'éducation non formelle et de l'instruction préprimaire. Les revendications concernent aussi l’augmentation du budget de l’éducation, la formation des enseignants et des personnels d’encadrement et davantage de postes permanents/à plein temps. En partie grâce aux efforts infatigables de VCEFA, le ministère de l’Education et la Formation a publié deux documents politiques d'importance sur l'éducation préprimaire et les centres d'apprentissage communautaires (CLC, Community Learning Centers), qui visent à améliorer la qualité de vie et offrir des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie aux populations, en particulier les groupes pauvres et désavantageux disposant d’un accès limité à l’instruction. La circulaire n° 40 établit un cadre légal de fonctionnement pour les CLC, y compris la mise à disposition de personnels plus nombreux pour ces centres d’apprentissage communautaires. La décision n° 60 contient un plan de développement de l’éducation préprimaire pendant la période 2011-2015, lequel est centré sur les bénéfices apportés aux enfants et aux enseignants au niveau préprimaire, et engage la responsabilité des structures concernées, notamment le ministère de l’Education et la Formation, le ministère du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales, le ministère des Affaires intérieures et le ministère des Finances, tous chargés de soutenir la mise en œuvre de cette décision. Ces mesures politiques constituent une avancée importante pour l’éducation non formelle et l’éducation de la petite enfance au Vietnam.

Participation de la société civile au GPE
Le Partenariat mondial pour l’Education est un partenariat multilatéral visant à assurer l’éducation de tous les enfants et la réalisation des objectifs de l’EPT. Il est constitué de représentants des pays en voie de développement, des donateurs, de fondations privées et de la société civile, œuvrant ensemble pour l’éducation mondiale. Il propose un soutien technique et financier à des initiatives destinées à améliorer le dialogue dans le secteur éducatif ou les procédures de planification et de mise en œuvre. Par ailleurs, il offre un espace de travail aux partenaires pour, ensemble, construire des politiques d’aide plus efficaces et mieux coordonnées.

Le Conseil d’administration du GPE constitue un organe de gouvernance clé au sein du Partenariat. La société civile dispose d’une catégorie de trois sièges dans le Conseil d’administration : pour les OSC du Sud, celles du Nord et le corps enseignant (avec un membre attitré et un suppléant pour chaque siège). L’ex-représentante de la société civile du Sud au sein du Conseil d’administration, Miriam Chonya de la Coalition nationale de l’éducation de Zambie (ZANEC), occupe désormais le poste de secrétaire permanente au ministère zambien de l’Education, et a laissé sa place au Conseil d’administration du GPE. Les sièges sont détenus par des organisations, et en conséquence, ZANEC a désigné Barbara Chilangwa (présidente de ZANEC et directrice exécutive de Camfed Zambie) pour représenter les OSC du Sud dans le Conseil d’administration du GPE. Barbara a accumulé 33 ans d’expérience dans le secteur éducatif, dans l’enseignement et dans diverses positions au sein du ministère de l’Education. Elle a aussi engagé des initiatives de scolarisation des enfants, défendu l’éducation des filles et combattu les mauvais traitements infligés aux enfants dans le milieu scolaire. Nagi Alshafe du Réseau soudanais pour l’Education pour tous (SNEFA) conserve son poste de suppléant du délégué de la société civile du Sud.

Comment la société civile du Sud peut-elle participer au partenariat du GPE ?

Le GPE est conscient du rôle majeur des OSC dans les discussions politiques sur l’éducation, pour mettre en œuvre les politiques et surveiller leur application. La représentation de la société civile du Sud dans le Conseil d’administration du GPE est indispensable pour mettre en lumière les problèmes du terrain et influencer les pratiques mondiales, notamment s’agissant de rassembler un soutien financier suffisant pour l’éducation, l’efficacité de l’aide et l’appropriation nationale. Les coalitions, par exemple, peuvent jouer un rôle important au moment des demandes de fonds, en aidant la société civile à participer et contribuer à l'élaboration des propositions avec les gouvernements et les donateurs.

Une liste commune d’adresses e-mail de la société civile du Sud a été créée par la CME l’année dernière pour fournir un espace d’échange d’informations et de nouvelles concernant le GPE, dans l’objectif de favoriser des conversations et des discussions fructueuses entre les coalitions du Sud membres de la CME. Cette liste constitue un outil précieux pour communiquer avec Barbara, Nagi et d’autres organisations de la société civile sur différents sujets ou préoccupations, et vous permet de vous faire entendre sur la scène internationale.

Vous pouvez envoyer un e-mail aux représentants de la société civile du Sud ou pour toute question, y compris sur la liste d’adresses e-mail des OSC du Sud, veuillez contacter Kjersti: kjersti@campaignforeducation.org.

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