Sans enseignants qualifiés le droit à l’éducation est une coquille vide

Message à l’occasion de la journée mondiale des enseignants 2018

Chaque année le 5 octobre le monde de l’éducation, avec d’autres partenaires, célèbre la journée mondiale des enseignants autour d’un thème dont le développement décrit le mieux la situation actuelle de ces acteurs incontournables de tout système éducatif.

Cette année, l’accent est mis sur la qualité des enseignants en ces termes : « Le droit à l’éducation, c’est aussi le droit à un personnel enseignant qualifié ».

Mettre les enseignants au cœur du droit à l’éducation

Plus de 60 ans après l’adoption de la Recommandation conjointe OIT/UNESCO sur la condition des personnels enseignants et 3 ans après l’adoption del’ODD4 « Assurer une éducation inclusive et équitable de qualité et promouvoir des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour tous » il est plus que jamais nécessaire de rappeler qu’un droit reste lettre morte tant que les conditions de sa mise en œuvre, de sa réalisation pleine et entière, ne sont pas assurées.

Parler d’éducation n’a pas de sens si les enseignants ne sont pas mis au cœur des exigences de ce droit ; une éducation de qualité, c’est d’abord des personnels enseignants qualifiés. Malheureusement, l’état des lieux des personnels enseignants qualifiés dans le monde et particulièrement en Afrique montre un déficit énorme dans la plupart des pays.

Recruter massivement des enseignants non qualifiés n’est pas la solution 

Cette situation de pénurie d’enseignants a conduit à la prise de mesures exceptionnelles dans certains pays pour pourvoir les établissements en personnels enseignants. C’est le cas du Burkina Faso où le ministère de l’éducation nationale a décidé de faire un programme de recrutement sur cinq ans de 16 000 enseignants contractuels sous-payés pour parer au manque d’enseignants surtout dans les disciplines scientifiques. Cependant, ce genre de mesures, que l’on retrouve dans d’autres pays, si elles donnent l’illusion de réduire le déficit chronique d’enseignants, ne sont pas une réponse adaptée à la mise en œuvre du droit à une éducation de qualité du fait du manque ou de l’insuffisance de qualification des diplômés recrutés. Dans le cas du Burkina, les jeunes recrutés reçoivent une formation rapide de deux à trois mois avant de se confronter à une salle de classe. Ce qui reste bien sûr tout à fait insuffisant.

De nombreux défis à relever

Le défi reste donc posé d’assurer la formation initiale et continue des personnels enseignants au-delà de leur recrutement massif et d’investir également dans les infrastructures scolaires, académiques et pédagogiques pour atteindre les objectifs d’une éducation de qualité, inclusive et équitable pour tous.

Le rendez-vous de l’Education 2030 ne peut être réussi que si la question des enseignants qualifiés est résolue et que l’inclusion et l’équité sont placées au cœur des défis à relever pour que soient offerts à tous les enfants du monde l’accès à des systèmes d’éducation publics de qualité. Le rôle que les gouvernements et organisations internationales ont à jouer afin d’atteindre ces objectifs et de garantir le droit à une éducation de qualité pour tous est primordial, comme le rappelle le message conjoint de l’UNESCO, l’OIT, l’UNICEF, le PNUD et l’Internationale de l’Éducation en ce 5 octobre.

Par Samuel Dembélé, président du Conseil de African Network Campaign on Education for All (ANCEFA), président  du conseil de la Coalition Nationale de l’éducation pour Tous du Burkina Faso (CN-ÉPT BF), secrétaire général du  Syndicat national des enseignants du secondaire et du supérieur du Burkina Faso, membre du conseil de la Campagne Mondiale pour l’Éducation (CME) et Professeur de Philosophie au Lycée Nelson Mandela de Ouagadougou;

Et Monique Fouilhoux, présidente du Conseil de la CME, ancienne secrétaire générale adjointe de l’Internationale de l’Éducation (EI). En tant que représentante de l’IE, Monique a été un membre actif de plusieurs comités et groupes de travail internationaux, et présidente de la Conférence internationale des ONGs en partenariat avec l’UNESCO de 1998 à 2003.



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