Cinq moyens de construire un monde meilleur par l’éducation

L’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie contribuent à la résilience et à la paix dans les communautés, et améliorent la compréhension au niveau mondial. Nous examinons ici le rôle spécifique de l’éducation dans la réalisation de l’ODD 11 (villes et communautés durables) et l’ODD 16 (paix et bonne gouvernance).

1. Garantir l’égalité des chances

L’ampleur et la rapidité des changements dans le milieu urbain exigent une bonne gouvernance, de la souplesse et de l’innovation. L’éducation n’est pas l’unique solution permettant de transformer tous ces problèmes structurels complexes qui induisent des conditions de vie extrêmement précaires pour des millions de gens, mais elle en fait clairement partie. Assurer le droit à l’éducation de tous les êtres humains est peut-être la seule chance d’échapper à la pauvreté pour tous ceux qui vivent dans des logements de fortune et des bidonvilles.

L’éducation doit être intégrée à la planification urbaine, afin de répondre aux besoins éducatifs et aux droits à l’éducation de tous face à l’évolution des populations urbaines. Pourtant, le secteur de l’éducation est largement absent des principales discussions sur le développement urbain. Les acteurs de l’éducation et les dirigeants des villes ont besoin d’un plaidoyer plus vigoureux et d’un leadership plus féminin pour que l’éducation trouve une place dans les discussions sur l’avenir des villes.

Il faut absolument consolider les systèmes d’éducation publique et multiplier le nombre d’écoles tout en garantissant l’inclusivité, la gratuité et l’accessibilité. Les systèmes éducatifs urbains qui accueillent des filles, des garçons et des jeunes déplacés de force doivent s’adapter pour faciliter leur intégration à long terme – en particulier face à l’aggravation de la crise des réfugiés – en mettant notamment l’accent sur le développement des compétences. La formation continue et le développement des compétences doivent être accessibles à tous ceux qui travaillent dans l’économie informelle pour leur permettre d’accéder à des emplois décents.

3. Autonomiser les communautés

La croissance démographique et les migrations influent sur la demande d’éducation de base, d’apprentissage tout au long de la vie, de développement des compétences et du nombre d’enseignants et d’enseignantes ; elles accentuent la nécessité de promouvoir la cohésion sociale et le respect de la diversité culturelle par l’éducation, y compris pour les habitants des bidonvilles, les migrants et les réfugiés.

Il faut davantage revaloriser les milieux ruraux et leurs cultures, surtout les cultures autochtones, afin de reconnaître l’immense diversité des communautés. Les environnements urbains sont souvent vus comme des paradigmes du développement, et cette vision a souvent des conséquences négatives pour les communautés périphériques et l’attention qui leur est accordée. Pour que tous puissent bénéficier des opportunités économiques et sociales dans leur communauté, l’accès universel à l’information est indispensable. L’éducation et la formation, surtout dans les compétences requises pour les emplois de demain, sont une priorité. On doit garantir un accès égal aux technologies, en ciblant en particulier celles et ceux qui vivent dans la pauvreté.

Les écoles doivent être considérées comme des centres de développement et de mobilisation communautaire, qui cultivent des connaissances favorisant une bonne qualité de vie. La sécurité et la résilience dépendent de savoirs ancestraux sur l’environnement et les coutumes ; c’est pourquoi les systèmes éducatifs doivent prendre en compte leur environnement et apporter des réponses fondées sur la culture des communautés.

3. Promouvoir la paix

L’éducation peut jouer un rôle central pour contribuer à la paix, la réconciliation et la démocratie. Pour cela, il faut un accès équitable à l’éducation à tous les niveaux, y compris pour les groupes historiquement défavorisés, ainsi que des programmes scolaires appropriés. Il est nécessaire d’accorder une attention accrue à la contribution des systèmes éducatifs à l’édification de sociétés pacifiques et durables. Il s’agit notamment d’intégrer l’éducation pour la paix et la prévention des conflits, en fonction des besoins, dans l’ensemble du système éducatif.

Cependant, nous ne pouvons pas simplement tenir pour acquis que l’éducation est capable à elle seule de régler tous nos différends et d’instaurer la paix, la justice et des institutions plus solides. Le contenu de l’éducation, c’est-à-dire ce qu’on apprend et comment on l’apprend, est un élément essentiel pour atteindre tous ces objectifs primordiaux. Si l’éducation renforce les pratiques démocratiques à tous les niveaux de l’enseignement, en veillant à ce que les élèves acquièrent les compétences nécessaires pour résoudre pacifiquement les différends et embrasser la diversité, elle pourra sans doute apporter une contribution significative aux efforts visant à mettre fin aux conflits armés, à promouvoir l’état de droit et à renforcer nos systèmes et nos institutions judiciaires. Dans ce cas, l’éducation peut constituer un catalyseur efficace pour faire naître un changement positif.

Les connexions entre l’éducation, la paix, la justice et des institutions solides exigent des mesures spécifiques de la part des États. Dans l’éducation primaire et de la petite enfance, par exemple, les pays doivent faire en sorte que les enfants comprennent les différences et les similarités entre eux et entre leurs familles. C’est en principe à ce stade que les enfants apprennent à connaître les différences culturelles et les pratiques sociales des individus et des communautés (UNESCO). Puis, dans l’enseignement secondaire et supérieur, les étudiants devraient prendre conscience de la valeur de la tolérance, du dialogue et de la citoyenneté pour assurer la paix et la justice, et renforcer nos institutions ainsi que la société dans son ensemble.

4. Promouvoir la citoyenneté

L’éducation est essentielle pour promouvoir la citoyenneté et donner à la population les moyens de participer à la vie de leur communauté, leur ville ou leur pays et devenir des citoyens du monde actifs. La cible 4.7 de l’ODD 4 fait nettement référence à ce rôle social majeur de l’éducation. Dans une société éduquée (UNESCO), les citoyens sont consultés et le gouvernement prend des décisions centrées sur les intérêts des enfants et des adultes. La probabilité d’un accès public gratuit à l’information et du respect des libertés fondamentales est plus élevée dans les sociétés éduquées.

Le concept d’éducation à la citoyenneté mondiale a été défini dans la Déclaration de Maastricht sur l’éducation à la citoyenneté mondiale comme une éducation « qui ouvre les yeux des individus aux réalités du monde et les incite à œuvrer pour davantage de justice, d’équité et de droits humains pour tous dans le monde. L’éducation à la citoyenneté mondiale recouvre l’éducation au développement, l’éducation aux droits humains, l’éducation au développement durable, l’éducation à la paix et à la prévention des conflits et l’éducation interculturelle, qui constituent les dimensions globales de l’éducation à la citoyenneté. » L’UNESCO définit une éducation à la citoyenneté mondiale qui « a pour objet de mettre à la disposition des apprenants de tous âges les moyens d’assumer un rôle actif tant au niveau local que mondial dans la construction de sociétés plus pacifiques, tolérantes, inclusives et sûres. »

5. Demander des comptes aux gouvernements

La promotion du respect de la loi au niveau national et international (ODD 16.3) exige la présence de citoyens informés et éduqués qui en garantissent l’application. La justiciabilité des droits de l’homme est un exercice démocratique qui garantit l’accès à la justice dans ce domaine vital pour le développement durable. Comme l’indique le RMSE 2019, il faut aussi offrir une meilleure éducation aux agents de police si l’on veut réaliser l’ODD 16 sur la justice pour tous.

En même temps, des citoyens éduqués sont mieux armés pour comprendre la corruption et la combattre, et pour faire pression sur les élites élues afin qu’elles adoptent de meilleures pratiques de gouvernance.

 

Auteurs : Maryline Mangenot, Luis Eduardo Perez Murcia, Vernor Muñoz



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