Apporter rapidement une réponse concertée à la pandémie de COVID-19

Déclaration commune de la Campagne mondiale pour l’éducation (CME)

Apporter rapidement une réponse concertée à la pandémie de COVID-19

Les coalitions nationales de l’éducation, les syndicats de l’éducation, les réseaux régionaux et les organisations non gouvernementales internationales réunis au sein de la Campagne mondiale pour l’éducation (CME) appellent les gouvernements à répondre à la pandémie du COVID-19 de manière équitable, inclusive et basée sur les droits. L’impact de la pandémie menace l’ensemble de l’agenda du développement durable, y compris le quatrième objectif de développement durable (ODD 4), car les fermetures d’écoles dans près de deux cents pays touchent plus de 1,5 milliard d’apprenant.e.s, aggravant les inégalités et l’exclusion.

Les gouvernements et les donateurs, en collaboration avec les partenaires nationaux et internationaux, doivent de toute urgence garantir à tous les apprenant.e.s un accès sûr et inclusif à l’enseignement à distance d’urgence et à un soutien psychosocial pendant et après la crise du COVID-19, et préparer leur retour à l’école en toute sécurité.

L’épidémie de COVID-19 affecte différemment ces 1,5 million d’apprenant.e.s, selon qu’ils soient filles ou garçons, jeunes femmes ou jeunes hommes. Par conséquent, les politiques et les interventions en réponse à l’épidémie doivent être équitables, tenir compte des différences entre les sexes et être transformatrices, protéger les droits humains et inclure les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables de la société, y compris celles qui sont en situation de handicap ou déjà touchées par des crises humanitaires. En d’autres termes, elles doivent répondre aux différents besoins, réalités contextuelles et risques auxquels les individus sont confrontés.

Les filles et les jeunes femmes, en particulier celles issues de communautés marginalisées ou en situation de handicap, seront particulièrement touchées par les effets secondaires de l’épidémie en raison de leur âge, de leur sexe, de leur situation socioéconomique et d’autres facteurs d’exclusion. Par conséquent, les mesures d’intervention doivent veiller à la satisfaction de leurs besoins et au respect de leurs droits, prendre en compte leurs attentes et propositions, en accordant une attention particulière à la violence contre les femmes et les filles adolescentes et jeunes femmes qui a augmenté dans de nombreux pays en situation de confinement.

La CME rappelle que l’éducation est un droit qui constitue un levier pour l’atteinte de tous les Objectifs du Développement Durable ainsi qu’une composante d’une structure de protection sociale qui comprend le droit à la santé, à l’information, au travail et à la sécurité globale de l’être humain. Ces droits sont interdépendants et ne peuvent être garantis de manière isolée. On sait que la pandémie de COVID-19 va faire baisser le taux de croissance économique au niveau mondial et que la crise va accroître les rivalités géopolitiques et technologiques. Cependant, les projections sur l’impact social de la pandémie ne comprennent pas de données clés sur les terribles conséquences qu’elle aura sur la vie des gens et en particulier les plus vulnérables, et sur les formes de pauvreté et d’inégalités.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que l’économie mondiale entrera dans une « récession au moins aussi grave que pendant la crise financière mondiale, voire pire » et, dans le monde entier, les gouvernements s’efforcent de réagir rapidement à la crise. La CME appelle les gouvernements à veiller à ce que toutes les mesures de relance économique soient équitables, inclusives et explicitement dirigées vers les personnes les plus démunies. Il est important de se souvenir que de nombreux gouvernements des pays dits en développement n’ont pas suffisamment de ressources pour répondre à la pandémie. Pour apporter une réponse fiscale et monétaire afin de contrer la récession, ils doivent surmonter une myriade de défis liés aux systèmes de santé déficients, à l’absence de filets de sécurité sociale et à la diminution des ressources financières. Dans le même temps, de nombreux pays industrialisés mettent en place des sanctions et des restrictions qui ont des conséquences sur les pays en développement.

Il est urgent d’agir à la fois au niveau national et mondial pour débloquer des ressources et s’assurer qu’elles sont dirigées vers les pays dans le besoin et surtout vers les populations desdits pays. Les solutions immédiates comprennent l’allégement de la dette et l’augmentation de l’aide publique au développement (APD).

La CME souligne en outre que ces temps difficiles ne doivent pas contribuer à intensifier les tendances à la commercialisation et aux approches instrumentalistes de l’éducation. Nous sommes particulièrement préoccupés par les risques liés aux outils et aux plateformes utilisés pour l’enseignement et l’apprentissage en ligne, notamment les menaces qui pèsent sur l’éducation en tant que bien public et sur la sécurité et l’intégrité des étudiant.e.s et des enseignant.e.s. À l’heure actuelle, le renforcement des systèmes d’éducation publique doit être considéré comme un élément essentiel d’une réponse publique plus ferme pour protéger la vie et la dignité des personnes, en garantissant que les mesures prises dans le cadre de la réponse au COVID-19 contribuent à renforcer les systèmes d’éducation non seulement pendant la crise, mais également après la réouverture des écoles.

Les organisations de la société civile jouent un rôle clé dans le soutien aux gouvernements pendant la crise en contribuant à sensibiliser aux mesures de protection, en diffusant des informations officielles, en activant des réseaux pour soutenir les apprenant.e.s et les secteurs les plus vulnérables, en facilitant l’enseignement à distance sûr et inclusif et la production de ressources pédagogiques ainsi qu’en planifiant des environnements d’apprentissage sécurisés et protecteurs pour le retour à l’école.

La CME appelle les gouvernements nationaux et les donateurs à agir comme suit :

  • Donner la priorité à l’éducation dans toutes les réponses d’urgence avec effet immédiat, et inclure l’éducation dans leurs politiques de réponse au COVID-19. Assurer la continuité de l’apprentissage et le retour à l’école pour tous les enfants, y compris les plus défavorisés et les plus à risque d’exclusion ou de décrochage. Veiller à ce que l’enseignement à distance soit accessible à tous les apprenant.e. s et accompagne la lutte contre le COVID-19 en les sensibilisant à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH) ainsi qu’au changement social et comportemental.
  • Donner la priorité à la santé, au bien-être et à la sécurité des enfants, des jeunes et des enseignant.e.s lors de la conception de toute mesure d’urgence, en reconnaissant le coût mental et psychosocial de la crise sur l’ensemble du système éducatif. Les gouvernements doivent garantir la fourniture continue de services, y compris la distribution de repas, la protection contre la violence et l’exposition aux abus, définir des orientations claires et assurer l’accès à la santé et aux droits sexuels et reproductifs. Dans le même ordre d’idées, les gouvernements doivent veiller à apporter un soutien psychosocial aux enseignant.e.s et aux apprenant.e.s tant pendant la crise qu’après.
  • Consacrer des ressources financières et techniques appropriées pour garantir le maintien du droit à une éducation publique, gratuite et inclusive de qualité, dans un environnement sûr, pour tous et toutes pendant et après la crise du COVID-19.

o    Tous les gouvernements donateurs doivent respecter l’engagement d’allouer au moins 0,7 % du PNB à l’aide publique au développement (APD) en veillant à ce que l’aide ne soit pas liée et qu’elle soit canalisée vers les secteurs les plus nécessiteux, dont l’éducation.

o    Les paiements de la dette extérieure des pays à faible revenu à tous les créanciers doivent être annulés d’urgence pour débloquer des fonds dans les budgets des pays en développement, et le financement d’urgence ne doit pas faire courir aux pays un risque plus élevé de surendettement.

o    Maintenir et augmenter les budgets nationaux d’éducation, le financement des écoles publiques, le soutien total aux enseignant.e.s et aux personnels scolaires et l’APD pour l’éducation tout au long de la pandémie et de la crise économique qui suivra.

  • Veiller à ce que les enseignant.e.s demeurent au centre de la réponse éducative par leur participation à la conception et au développement des mesures d’urgence, des matériels pédagogiques et des sessions d’enseignement à distance . Il conviendra de prendre des mesures supplémentaires pour préparer et soutenir les enseignant.e.s afin qu’ils/elles puissent travailler dans des environnements sûrs et protecteurs dès la réouverture des écoles et des universités, leur salaire et leur emploi étant maintenus tout au long de la crise. De nombreux enseignant.e.s et personnels scolaires continuent de travailler et doivent être soutenu.e.s et protégé.e.s de manière adéquate, tout comme ceux qui reprennent le travail.
  • Les ministères de l’Éducation et des Finances doivent garantir la continuité de la rémunération et des avantages sociaux des enseignants et du personnel scolaire pendant et après les fermetures d’écoles afin de retenir les enseignants en place et de veiller à ce que leur expertise et leurs connaissances soient appliquées dans les stratégies d’enseignement à distance.
  • Commencer dès maintenant, en collaboration étroite avec les syndicats d’enseignant.e.s, à planifier la réouverture en toute sécurité des écoles et des universités en mettant l’accent sur les groupes qui risquent le plus de ne pas revenir, notamment les filles et les enfants handicapés. Il faut veiller tout particulièrement à ce que l’éducation reste gratuite au point de prestation et qu’aucun coût supplémentaire ne soit introduit pour les matériels scolaires, la cantine ou le transport, entre autres.

La CME encourage également le système des Nations Unies (ONU) à apporter une réponse globale renforcée :

  • Prendre les mesures nécessaires pour organiser une réponse globale à la crise mondiale, y compris des mesures d’atténuation, de financement, de réorganisation sociale et économique, en collaboration avec les gouvernements et la société civile.
  • Promouvoir des plans d’évaluation de la crise et de l’après-crise qui s’orientent vers de nouvelles formes de réponses sociales et économiques, en particulier autour du rôle de l’éducation pendant et après les situations d’urgence. Ces réponses doivent être équitables, tenir compte des différences entre les sexes, protéger les droits humains, inclure les groupes les plus pauvres et les plus vulnérables de la société, et répondre aux différents besoins et risques auxquels les individus sont confrontés.

La CME s’inquiète également du fait que les mécanismes de surveillance policière et militaire sur la population civile ont des effets disproportionnés sur les jeunes, les populations migrantes et les travailleurs du secteur informel, et qu’ils exacerberont la répression de la protestation sociale démocratique contre les régimes autoritaires qui criminalisent la société civile, les enseignant.e.s et les étudiant.e.s depuis des années.

C’est pourquoi la CME appelle les organisations de la société civile, les organisations de jeunesse et les syndicats d’enseignant.e.s à renforcer leur rôle fondamental en exigeant le plein respect des droits humains, en particulier le droit à l’éducation, et à encourager les gouvernements à se conformer strictement aux normes de la législation internationale des droits humains.

Les systèmes de santé fortement privatisés sont ceux qui ont témoigné le moins de sensibilité et d’intérêt s’agissant de garantir le droit à la santé, à l’éducation et à la vie pour tous et toutes. Par conséquent, les débats politiques doivent plus que jamais évaluer l’échec des systèmes néolibéraux rigides à promouvoir le respect, la protection et l’application des droits humains.

Approuvé par :
  1. “All for Education!” National Civil Society Coalition, Mongolia.
  2. ActionAid International.
  3. African Campaign Network for Education for All (ANCEFA).
  4. Albanian Coalition for Education (ACE).
  5. Arab Campaign for Education for All (ACEA).
  6. Arab Education Campaign.
  7. Asia South Pacific Association for Basic and Adult Education (ASPBAE).
  8. Brazilian Campaign for the Right to Education (BRCE).
  9. Cameroon Education for All Network (CEFAN), Cameroun.
  10. Campaña Argentina por el Derecho a la Educación (CADE).
  11. Campaña Boliviana por el Derecho a la Educación (CBDE).
  12. Campaña Latinoamericana por el Derecho a la Educación (CLADE).
  13. Campaña Peruana por el Derecho a la Educacion (CPDE).
  14. Campaña por el derecho a la educación en México (CADEM)
  15. CMB International.
  16. Centro de Estudios Sociales y Publicaciones – CESIP, Perú.
  17. Centro Internacional de Pensamiento Crítico Eduardo del Rio (Rius) de México.
  18. CHIRAPAQ Centro de Culturas Indígenas del Perú, Lima Perú.
  19. Civil Society Education Coalition Malawi.
  20. Civil Society Network for Education Reforms, Inc. (E-Net Philippines), Philippines.
  21. Coalición Panameña por el derecho a la educación.
  22. Coalition des Organisations Mauritaniennes pour l’Education (COMEDUC).
  23. Coalition Education, France.
  24. Coalition EPT Bafashebige, Burundi.
  25. Coalition Nationale pour l’Education Pour Tous du Burkina Faso (CN-EPT/BF).
  26. Coalition Nationale Togolaise pour l’Education Pour Tous (CNT/EPT), Togo.
  27. Coalition nigérienne des Associations, Syndicats et ONG de Campagne EPT (ASO-EPT), Niger.
  28. Colombian coalition (Coalicion colombiana por el derecho a la educacion)
  29. Consejo de Educación Popular de América Latina y el Caribe (CEAAL).
  30. Contrato Social por la Educación en el Ecuador.
  31. Danish Education Coalition.
  32. Docentes jubilados, CADE, Argentina.
  33. Education Coalition of Zimbabwe (ECOZI), Zimbabwe.
  34. Equipo de Trabajo e Investigación Social (ETIS).
  35. Fe y Alegría, Argentina.
  36. Foro por el Derecho a la Educación de Paraguay.
  37. Foro Educativo de Perú.
  38. Foro Venezolano por el derecho a la Educación.
  39. Fundacion Darlocab Vij por el a la Educacion (CADE).
  40. Fundación Otras Voces. Neuquen, Argentina.
  41. Fundacion SES, Argentina.
  42. Georgian Coalition for Education(GCE-Georgia).
  43. Global Alliance for LGBT Education (GALE), Netherlands.
  44. Global Campaign for Education-United States (GCE-US), United States.
  45. Globale Bildungskampagne (GCE-Germany), Germany.
  46. Grupo de Incidencia en Política Educativa (GIPE).
  47. Kindernothilfe, Germany.
  48. Kindernothilfe, Österreich.
  49. Kindernothilfe, Schweiz.
  50. Light for the World.
  51. Marcha Global contra el Trabajo Infantil, Sudamérica.
  52. Movement 57, Afghanistan.
  53. Movement for Support of Quality Education in Afghanistan (MSQEA).
  54. National Campaign for Education Nepal (NCE Nepal).
  55. NGO Education Partnership (NEP), Cambodia.
  56. Observatorio Internacional de Reformas Educativas y Políticas Docentes (OIREPOD), Venezuela.
  57. Organización Mundial para la Educación Preescolar (OMEP), Argentina.
  58. Oxfam.
  59. Portal Otras Voces en Educación (OVE).
  60. Pressenza, Italy.
  61. Programa de Comunicación y Educacion. (FCS), Universidad Nacional de Cordoba, Argentina.
  62. Red de Educación Popular entre Mujeres (REPEM).
  63. Red Global /Glocal por la Calidad Educativa.
  64. Réseau Ivoirien pour la Promotion de l’Education Pour Tous (RIP-EPT).
  65. Sociedad Venezolana de educación Comparada (SVEC).
  66. Tanzania Education Network/Mtandao wa Elimu Tanzania (TEN/MET), Tanzania.
  67. Terre des Hommes Suisse Perú.
  68. Vietnam Association for Education for All (VAEFA).
  69. VSO International.
  70. Watch On Basic Rights Afghanistan Organization (WBRAO), Afghanistan.
  71. World Organisation for Early Childhood Education.
  72. World University Service, Germany (WUS Germany).
  73. World Vision International.
  74. Zambia National Education Coalition (ZANEC).


Laisser un commentaire